AEROCLUB PAUL TISSANDIER

WE à VENISE 2007

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Week-end à Venise

Pour une fois, Bertrand, le Monsieur sortie club, avait été raisonnable. Rendez-vous à Tissandier à 9 heures du matin le vendredi et non pas à 6 heures comme d’habitude. Ce qui nous évita de passer quatre heures extrêmement matinales à s’énerver en attendant la future carte météo qui nous convaincra que c’est volable et que les ingénieurs de Météo France qui défendent le service public à la française ne nous enverrons qu’une fois épuisés les plaisirs de la machine à café et la lecture de la presse quotidienne terminée.

Pour une fois, nous ne sommes pas trois pilotes par avion car nous voyageons presque tous en couple. Pour l’une des dernières sorties de l’année, l’occasion est belle de se faire pardonner les escapades de l’année entre pilotes en Allemagne, Grèce, Angleterre, à Jersey ou en Bulgarie, laissant femmes, enfants et ménage derrière nous à la maison. Et cette fois-ci notre proposition de vol familial n’est pas une triangulaire Dreux, Chartres, Saint-Cyr mais tout simplement VENISE.

Cela fait déjà plusieurs semaines que nos conjoint(e)s rêvent de cette nouvelle lune de miel que nous leur promettons …si le temps le permet.

Nous partons à trois avions. Les deux Cessna 172, Quebec-Zoulou et Papa-Tango et le Régent, Delta-Mike. Comme à l’habitude, à l’arrière de chaque avion, une caisse avec bidon d’huile, cordes et piquets pour haubaner les avions en cas de besoin, de quoi nettoyer les verrières et du papier essuie-tout si utile en toutes circonstances. Prévoir, c’est piloter. Les pleins sont faits. Destination Besançon Thise pour le déjeuner. Vol sans histoire ni beaucoup d’intérêt. La routine des départs vers l’Est : VOR de Rambouillet et verticale La Ferté Alais avant de se mettre sous contrôle et transpondeur de Paris info, puis de Reims info. Le paysage jusqu’aux abords de la Bourgogne ne provoque pas beaucoup d’émerveillement. Nous passons juste au Nord de la CTR de Dijon. Les dames à l’arrière de Delta Mike s’assoupissent, ce qui prouve que le pilotage est de qualité. Non loin de Grey (LFEV), beaucoup plus bas –nous sommes au niveau 55- un petit avion croise notre route. Nous le regardons et voyons deux chasseurs qui semblent le frôler. Nous n’avions entendu ni les uns ni les autres à la radio. Nous informons de ce que nous venons de voir. La réponse est tranquille : « si vous croyez que j’ai le temps de m’occuper de tous les appareils qui circulent au dessous de 2000 pieds ! » Confessons que nous le croyions.

Descente vers Besançon. Pas la moindre trace de vent significatif. Les uns choisissent la 24, les autres, la 06. Quebec-Zoulou les essaie d’abord toutes les deux, avant de se poser en 24 : kiss landing pour la troisième tentative.

Sandwich à l’Envol, le restaurant de l’aérodrome. Ambiance sympa. Nous modifions la répartition des équipages en fonction de l’expérience des pilotes –pour certains, le passage des Alpes sera une première- et en veillant aussi qu’il y a un anglophone aéronautique dans chaque appareil. Bertrand pilote DM, Frédéric PT et Catherine assistée de Damien QZ.

Les pleins faits, nous ne traînons pas à Besançon. Les journées sont certes encore longues en septembre mais nous souhaitons profiter d’une première soirée à Venise.

A peine avons-nous décollé, nous survolons le Jura et déjà nous apercevons au loin la ligne de crêtes des Alpes voilée par une brume grise. Le temps est superbe, la visi dépasse les 50 nautiques. Un examen attentif des cartes nous a convaincu qu’il va nous falloir atteindre le niveau 115. Pour les Cessna, la traversée de la moitié de la Suisse ne sera pas de trop.

Premier passage de frontière, peu avant les Eplatures et prise de contact avec 124,7, Zurich info. La navigation, même sans GPS ne pose pas de problème. L’immense Lac de Neuchâtel et au loin, plein Ouest les Alpes. Grâce aux messages radio nous restons informés du vol des uns et des autres. Delta Mike est déjà bien devant. Québec-Zoulou est un peu à la traîne. Zurich info n’ayant pas repéré son alticodeur lui demande d’éviter la CTR de Berne. Notre route nous fait laisser le lac de Thoune sur notre droite, bordé des trois sommets de la Jungfrau, l’Eiger et le Mönch, puis le lac des Quatre cantons et la ville de Lucerne. Certains se souviennent peut-être que c’est au bord de ce lac que Guillaume Tell démontra son art à l’arc.

Nous sommes maintenant sur les Alpes. Les sommets de plus de 3000 m nous entourent. Les neiges éternelles semblent à portée de main. Le paysage est somptueux. Plus d’habitations. Parfois un tas de pierre en haut d’un pic retient une croix. Comment diable ses constructeurs ont-ils bien pu arriver jusque là ! Les glaciers descendent en pente vives des sommets. Etroites, d’un vert sombre, très bas on voit d’étroites vallées avec leurs villages dont on peut se demander ce que peuvent bien faire leurs habitants en hiver. Nourrir leurs bêtes, affiner leurs fromages et fabriquer le soir des petits jouets en bois près de la cheminée pour les petits enfants des villes. Les pics qui nous entourent dépassent maintenant les 4000 m. Nos moteurs ronronnent gentiment. Nous avons sérieusement appauvri la mixture. Chacun agite tous azimuts les appareils de photos et les caméras. Il ne fait pas bien chaud dans les avions et nous avons cessé en scrutant le paysage de repérer d’éventuels endroits pour atterrissage en campagne. Il n’y en a pas. Nous n’en aurons de toute façon pas besoin.

Quelques petits lacs d’altitude, gros comme des feuilles de nénuphar parsèment la montagne. Parfois les pylônes des remonte-pentes sortent de la neige et signalent plus bas des stations de sports d’hiver. Le trafic radio nous indique que nous ne sommes pas très nombreux ce vendredi à survoler les Alpes. Nous changeons de fréquence et de contrôleur aérien à peu près tous les quarts d’heure et rentrons parfois en contact avec des lieux est difficile à répéter pour les non germanisants mais nous faisons face avec sang froid et rencontrons beaucoup de gentillesse et d’efficacité de la part des contrôleurs suisses.

Et puis les massifs s’espacent. De larges vallées apparaissent. Les barrages hydro-électriques deviennent plus monumentaux. Les sommets sont moins enneigés. L’Italie approche. A notre droite à l’est apparaît une énorme muraille de pierres roses. Ce n’est pourtant pas encore le soleil couchant, loin de là. Ce sont ces Dolomites du haut Adige italien, là où les italiens parlent allemand. Nous passons la frontière et prenons d’abord contact avec Trente, vivement venu puis avec Padoue que nous survolerons tout à l’heure.

Nous apercevons maintenant la plaine et bientôt la mer. Il nous faut commencer à sérieusement descendre, Venise n’est-elle pas au niveau de la mer ? Il nous faut être à 2000 pieds au dessus de Campolongo Maggiore une dizaine de nautiques au Sud-Est de Padoue qu’il nous faut d’abord contourner par le Nord Est.

C’est à Campo Maggiore que commence le cheminement avec points de report pour San Nicolo, le petit aérodrome avec piste en herbe qui est placé à l’extrémité Est du Lido de Venise. Nous voyons parfaitement la langue de terre allongée qui sépare la mer de la Lagune où se niche Venise.

Normalement nous devrions rejoindre Chioggia avant de longer la bande lagunaire mais le contrôleur de Venise approche nous propose de prendre une diagonale qui nous raccourcit la route et nous fait sauter un point de report. Suggestion immédiatement acceptée. Ensuite, il n’y a plus qu’à prendre contact avec LIPV, Venise San Nicolo. Devant nous sur notre droite et sous le soleil la Sérénissime avec ses toits de tuiles rouge, la coupole de marbre blanc de la basilique San Marco et le campanile de 100 m de haut (98,6 m exactement), symboles connus de tous de l’ancienne république marchande. Tous sont excités dans les avions sauf les pilotes qui restent concentrés. Des approches directes sont autorisées et permettent un ravissement de plusieurs Kms avec un panorama qui se précise. On distingue nettement les îles de Guidecca et de San Giorgio Maggiore qui paraissent souligner l’île de Venise. Celle-ci a maintenant comme la forme d’un poisson qui nagerait vers le continent, le port moderne formant la bouche. Atterrissages en 06 sans problème pour les trois avions. De toute façon la piste est longue, mais… se termine dans l’eau.

Delta Mike et Papa Tango ont eu le temps de faire le plein de carburant quand arrive Québec Zoulou. Les équipages actifs sur les téléphones portables n’ont en revanche pas encore eu le temps de trouver un hôtel avec chambres libres pour neuf personnes. C’est bien le problème des voyages en aviation légère : louer des chambres sans savoir si l’on arrivera à la date prévue est imprudent, ne pas en louer provoque quelques inquiétudes. La réponse des hôteliers Vénètes est toujours la même : « complet !». Nous sommes à la veille d’un des derniers beaux weekends de l’année et se tient ces jours –ci à Venise la Biennale des arts contemporains. La ville est pleine de touristes et autres visiteurs. Après plus de trente appels, nous commençons à désespérer. En désespoir de cause, nous appelons à Paris le service central des réservations du groupe Accor. Si ce n’est pas un Sofitel, un Novotel, un Ibis ou un Mercure, un Formule 1 fera l’affaire. Hélas ! Il n’y a rien. Ou alors…à l’hotel Mercure de Padoue. Nous supputons : retourner avec les avions sur Padoue et prendre ensuite le train pour Venise. Ou bien encore : prendre l’autobus de l’aérodrome jusqu’à la station de Vaporetto, puis le vaporetto jusqu’à Venise, puis remonter en vaporetto jusqu’à la gare centrale, puis trouver un autocar ou un train jusqu’à Padoue, ensuite trouver l’hôtel. Pas très engageant non plus.

Le Weekend d’amoureux à Venise commence à avoir du plomb dans l’aile. Heureusement Cupidon veille sur nous ; en la personne du directeur du terrain d’aviation (dont les pilotes de St Cyr l’école savent que ce sont toujours des personnes bienveillantes). Il nous parle du camping voisin. A peine 800 m à pied. Une heure plus tôt, nous aurions sans doute refusé. Maintenant, nous sommes presque enthousiastes. Pourtant, nous n’avons ni tente, ni duvet, ni tong, ni Marcel, ni survêt, ni serviette de toilette.

Une demi-heure plus tard, nous sommes (confortablement ?!) installés dans trois caravanes rudimentaires apparemment aussi anciennes que le J3 du club mais dotées de deux doubles lits chacune. Un détour par un supermarché pour acheter des serviettes de toilette et A nous Venise !

Une traversée en vaporetto, un premier coup d’œil sur le Pont des Soupirs, un sur le Palais des doges, un regard prolongé sur la basilique Saint Marc et nous nous installons sur la place Saint Marc au pied d’un orchestre pour l’un des apéritifs les plus agréables d’Europe. L’un des plus chers aussi, 18 euros le Campari. Nous sommes bien à Venise.

Après le dîner, le retour sera un peu sportif. Nous nous trompons de vaporetto et descendons à la station San Lazzaro degli Armeni au lieu de la station Lido. Il nous faut donc à minuit marcher encore 40 minutes avant de retrouver notre palace.

Le samedi chacun fait consciencieusement son devoir de touriste. Corine, Catherine et Guy quittant le campement dés 7 H30 du matin. Plaisir des yeux, découverte des ruelles et des canaux, regard sur les Palais, les musées et les églises. Marcher, errer, musarder, prendre un délicieux café à une terrasse, pénétrer dans des boutiques pour acheter des petits souvenirs pour les enfants laissés à la maison, marcher encore au milieu de la foule des touristes, déjeuner, dîner, la journée passe vite. Tous ont au moins visité un musée, le groupe des matinaux a même eu le temps d’aller regarder les souffleurs de verre de Murano et d’expérimenter une panne de vaporetto et d’attendre un bateau de dépannage. Exceptionnellement Bertrand a passé une journée entière sans consulter la météo sur son ordinateur ni envisager un ou deux itinéraires alternatifs. Venise est vraiment une ville magique.

Ce dimanche matin, le temps n’est plus aussi parfait que les deux jours précédent. Nous faisons à 9 H00 du matin l’ouverture de l’aérodrome et de sa cafétéria. Bertrand a rallumé son ordinateur, regardé toutes les météos et tout en prenant le petit déjeuner, nous décidons de continuer à nous faire plaisir. Nous allons rentrer par Constance en Allemagne et survoler cette fois-ci les Alpes autrichiennes. Décollage vers dix heures. Le cheminement est le même qu’à l’aller. Nous longeons la lagune jusqu’à Chioggia avant de piquer vers les Alpes. Elles sont toutes proches. A chaque demande de l’autorisation de commencer à monter, le contrôle répond : « attendez encore un peu ». Nous dépassons ainsi Padoue et nous rapprochons de la montagne à 2000 pieds QNH. « Attendez encore un peu ». Nous sommes maintenant à Trente, les massifs se dressent devant nous. Enfin avant de nous balancer sur le contrôle de Bolzano: « vous pouvez monter à votre convenance». Il ne s’agit plus pour nous de convenance mais de nécessité. Nous longeons la montagne vers l’Est par une petite vallée pour prendre de l’altitude avant d’attaquer les vraies Alpes. Une fois les 5000 pieds atteints, nous pouvons envisager de rejoindre notre route vers Bolzano tout en continuant à monter. Passage de frontière et tentative de contact avec Vienne info. Nous restons donc quelques temps avec Bolzano qui en ce dimanche matin n’a pas l’intention de s’inquiéter. Nous aurons encore un contact une fois atteint le niveau 80. Nous ne réussirons à joindre Vienne info qu’en vue –lointaine- du lac de Constance, une fois établi au niveau 125.

Le vol ce dimanche matin est somptueux. Les Alpes s’étalent, ou plutôt se dressent tout autour de nous. Au loin quelques nuages vont peut-être nous obliger à les contourner. Nous sommes apparemment au-dessus de tous les sommets, même si ce n’est pas de beaucoup. Pas la moindre turbulence. Le moteur fait un bruit régulier. La vie est belle. Et la vue aussi.

Arrivé à la barrière nuageuse, la surprise est bonne. Elle est nettement au dessus des crêtes et nous pouvons passer tranquillement. Juste avant d’atteindre le lac de Constance, nouveau passage de frontière, nous quittons l’Autriche et prenons contact avec Saint Gall en Suisse. La plaine arrive très vite. Nous commençons à descendre doucement et découvrons que toute la partie occidentale de lac est recouverte d’un tapis de nuages bien dense. Regard sur les niveaux d’essence, nos réserves sont largement suffisantes pour rejoindre éventuellement Bâle-Mulhouse. En attendant, nous entamons une descente rapide pour voir si nous pouvons nous glisser sous la couche. Un large 360° nous permet de perdre encore un peu d’altitude. Nous passons en dessous, apercevons quelques voiliers qui paraissent bien proches. Le décision est vite prise : demi tour et vol on top. Le contrôle de Saint Gall nous renvoie à cet instant sur Constance. Cela va nous rassurer puisque là-bas, c’est « plafond et visibilité OK ». Effectivement au bout d’une dizaine de nautiques nous apercevons l’aérodrome de Constance dont le contrôleur nous autorise une approche directe tandis qu’un avion allemand s’annonce à cinq minutes. Juste avant d’entrer en courte finale, nous le voyons débouler sur notre gauche et opérons une remise de gaz énergique tout en proférant sans doute quelques propos malvenus pour l’approfondissement de l’amitié franco-allemande. Un tour de piste avant atterrissage et nous dirigeons vers la tour de contrôle pour faire partager notre émoi. En descend justement un pilote chevronné. « Es tut mir leid », nous dit-il, se confondant en plates et apparemment sincères excuses. Espérons qu’il ne recommencera pas !

A Constance, une fois les pleins faits, nous nous attablons à la terrasse de la cafeteria de l’aérodrome pour un régal de saucisses et tartes aux quetsches. Les équipages des deux avions arrivés les premiers ont eux emprunté des bicyclettes pour aller déjeuner en ville dans la cour intérieure d’un Biergarten bien connu des pilotes de Tissandier et où nous avons nos habitudes.

Retour vers 15 heures à l’aérodrome des joyeux cyclistes. Brigitte quitte l’expédition ayant à faire en Suisse voisine et les trois avions repartent vers la France, repassent le Rhin et vont effectuer un changement de pilote à Epinal pour les uns, à Troyes pour les autres.

Il ne restera plus qu’à faire la queue pour rentrer les vols sur l’ordinateur de Tissandier. Pierrot qui doit être fatigué par une longue journée de permanence nous accueillent même avec une amabilité surprenante. Quand il rouspète, peut-être, joue-t-il un rôle ?

Avant de terminer ce compte-rendu, l’honnêteté oblige à signaler que Corine était vraiment toute seule quand elle a passé au jet les trois avions. Ah, si Claude Chevreux avait vu ça. Y’en a qui ont reçu la médaille de l’aéronautique pour moins que ça.

J.L.Demigneux

 

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